En silence

On prétend souvent qu’en activiste on se fait plaisir, à orchestrer sa com’, se la ramener. J’ai assez vécu d’emmerdes pour savoir que l’on s’en passe allègrement, pour qui est égoïste donc capitaliste (sauce recup’ bien sur). D’ailleurs on ne raconte pas toujours tout ce que l’on a du surmonter, de pathétique et violent. Une illustration du pourrissement que l’engagement produit (ou ses effets), à dévaster les liens et la vie, via des dommages peu maitrisables donne le ton particulièrement éprouvant de ce que l’on peut subir jusque dans la vie privée. Je suis passé devant la statue de Johann Strauss l’autre soir à Paris et m’est revenu en tête comme un boomerang une crise à la sensation cataclysmique pour tous les protagonistes circonstanciés qui aurait pu vraiment très mal tourner. Il y a quelques années une relation au caractère particulièrement trempé s’était acharnée contre moi au pied de la sculpture, s’en prenant à mon sac à dos jusqu’à le déchirer, dans lequel j’avais mis mes enregistrements numérisés de mes interviews de témoins de Bisesero. Elle se serait attaquée à mes effets sans ce contenu d’importance, j’aurais lâché toute résistance. Mais je risquais là de perdre pour une crise lambda absurde ce qui relève du bien commun, d’un long investissement bénévole auprès de rescapés du génocide des Tutsi. A appeler de l’aide et me défendre de cet énième déferlement impulsif, évidemment il y eu la honte d’un café à l’autre, ne sachant plus comment lui faire revenir raison. Perfide elle l’a joué martyr, et un attroupement s’est constitué assez vite autour de nous, ces gens perplexes, à douter de qui agressait l’autre. En très peu de temps la situation basculait. Je risquais à tout moment de m’en prendre une, ou d’avoir n’importe qui contre moi, ces passants interloqués essayant de protéger une victime difficilement claire à identifier. Le réflexe vaut de porter secours à une femme face à un homme. Ils pouvaient ainsi chacun aider à l’agression en contexte, à ne pas distinguer le vrai du faux, et inverser donc face aux apparences immédiates. Elle m’avait déjà pété un disc dur précédemment, perdant ainsi les 3/4 de mes photos de Manhattan et ses alentours (inutile de préciser que je n’y vais pas tous les jours, une fois jusque là). Je savais le drame facile, elle totalement déconnectée de l’enjeu et s’en foutant encore, autocentrée sur ses supputations primaires liées au fait que tu ne fais pas de fric ni verticalités, mêlant hystérie démoniaque et dédain naturel. J’ai vu rouge et me débattait autant que je pouvais pour préserver la parole singulière, essentielle et unique de rescapés. Les séquelles psychologiques sur nos liens, la souffrance, tout rime avec fin du monde alors, lorsque cet épisode en est la plus évidente expression.

https://collectifinnovationsilluminationspolitiques.wordpress.com/2016/12/04/rushes-itw-par-matjules-de-temoins-de-bisesero/

Private is dead also with capitalism

Le capitalisme ça donne : la guerre entre niveaux empilés pour s’épargner d’être avec les personnes de catégorie moindre à chaque fois successivement. Un apartheid partout en tout, pour se maintenir en des positions exclusives par nature (pour le territoire, la possession, les interactions et milieux concentriques identifiés/figés sur le fond). Et l’on singe parfois la mixité, des échanges hors classes sociales (pondues par ces fameux niveaux par principe). La détestation de la possibilité d’être des n- prend son paroxysme dans la vie privée. Quel couple perdure avec des disparités, sans guerre concernant les possibilités de loisirs et vacances par exemple. Qui finance armé de son fric et pouvoir, a des disponibilités et moyens ?! Le capitalisme rend tout faux et malsain sauf à le nier, sous alibi d’effort et intelligence (auto déclaratif intéressé), et cela concerne l’humanité toute entière. Sauf à vivre de caste, ou dominer dans le foyer sans complexe. Les hypocrites et cyniques inventent des bouc émissaires faciles, cachent leur pensée, s’en tapent pour se mettre bien tel des critères personnels ou plus ou moins culturels, d’habitudes idéologiques. Jusqu’au jour où eux mêmes se font clasher par des déterminants bien plus globaux que leur petit confort orchestré un temps non sans malice et conformisme. Pensons uniquement au sort subi par les gitans avec des lois qui bafouent leur existence, à les contraindre au trottoir et mendicité parce que leur culture non sédentaire ne plait pas à une masse casanière en adoration élitiste qui a pour principe le foncier, sa possession. Demain on met tous les fachos du fric et titres dans cette précarité, à les exclure du droit à vivre, et c’est le feu. On vit de cet arbitraire, s’indignant à géométrie variable selon que l’esclave est à soi ou ressemble à ses origines plus ou moins lointaines pour la jouer humanisme.